PORTRAIT D’AUTEUR Gérald Connard

Le portrait d’auteur est une publication qui me tient particulièrement à cœur car ça permet de découvrir nos auteurs sous un autre angle …Aujourd’hui, je vous propose une petite interview de Gérald Connard.

Il m’interpelle avec ses publications et avec ses retours de lecture toujours exceptionnels. Je vous laisse le découvrir

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Nous écrivons avec deux plumes. Comme Gainsbourg avait son Gainsbarre et Renaud a son Renard, Gérald Connard a son Hakim Bouamar (ou l’inverse). Nous avons tous en nous un sale type, une émanation toxique de nous-même que nous tâchons de tuer (sauf pour des gars style Guy Georges ou Nordahl Lelandais). Pour ma part, j’ai décidé de sortir le salopard de son placard et de le mettre à l’honneur. Gérald Connard est un sale type assumé qui écrit des horreurs, notamment ce fameux livre qui lui vaut beaucoup d’inimitié : « 1 000 bonnes raisons de frapper un handicapé », ainsi que son fameux recueil de nouvelles qui rend hommage à la merde : « Les fabuleuses histoires du caca ».Hakim Bouamar est un type beaucoup plus recommandable. Il écrit dans un registre nettement plus fleur bleue. Il a presque le profil du gendre idéal. Je dis presque, parce qu’avec un nom de moricaud pareil, faudrait quand même pas exagérer non plus.

Pourquoi tu écris ?

Je crois d’abord que mon écriture est d’utilité publique. En effet, j’ai une foultitude de choses dans la tête et si je ne les écrivais pas, je serais alors obligé de les exprimer verbalement. Il faudrait que j’en parle à ma femme, à mes amis, à mes collègues etcetera et je pense que toute cette logorrhée insane finirait par provoquer toute une vague de suicides autour de moi. Les gens en auraient plein le cul de m’écouter parler alors ils se défenestreraient ou alors ils se jetteraient sous les roues d’un 33 tonnes plutôt que d’avoir à subir tout ça. Je me souviens que pendant le premier confinement il y avait ce fameux slogan : « Je reste chez moi, je sauve des vies », bah pour moi avec l’écriture c’est un peu la même idée : « Je ferme ma gueule, je sauve des vies ».J’écris aussi pour mes enfants. Certains de mes livres sont des sortes de vademecum éducatifs. Si j’étais amené à mourir demain, eh bien avec mes ouvrages ils pourraient continuer à se former et à grandir en lisant mes livres. Par exemple dans « 99 % des Français baisent comme des communistes… » j’explique que la fidélité c’est principalement un truc de moches. Enfin, ce que je veux dire exactement, c’est que mathématiquement on est plus susceptible d’être fidèle quand on est moche que quand on est physiquement avantagé.Et puis si j’ai la chance de vivre et de voir mes enfants grandir (parce que là, ils sont encore petits), alors les livres pourront être une sorte de ciment ou de lien entre nous. J’imagine la première fois ou un de mes fils va venir à la maison avec une petite copine ou un petit copain. Et moi pour briser la glace je dirai à son ou sa petit(e) ami(e) : « Vous aimez la lecture ? J’ai écrit un livre sur le caca. Vous aimez le caca ? »Putain, j’ai trop hâte !

A quel moment, écrire a été une évidence dans ta vie ?

Je n’ai jamais songé une seule seconde à l’écriture jusqu’à l’âge de 30 ans. Ça m’est tombé dessus alors que j’étais en bagnole, arrêté à un feu rouge. J’ai eu ce que les tenants de la Gestalttheorie appellent « l’insight », ce que l’on peut traduire par l’idée de révélation. Le feu est passé au vert, j’ai démarré et alors j’ai su que j’allais entrer dans le sacerdoce et consacrer ma vie à l’écriture.

As-tu des petites habitudes quand tu écris ?

Oui. A chaque fois que je termine un paragraphe, je me relis et je me demande ensuite : Est-ce qu’Agnès Martin-Lugand aurait pu écrire ça ? Si la réponse est oui, je brûle la feuille, je me fais des scarifications sur les avant-bras et je recommence à zéro.

Parle-nous de ton auteur, de ton livre préféré ?

J’aime les livres de cape et d’épée. J’aime le grand style, les envolées lyriques, les duels à la rapière pour un rien, j’aime l’emphase qu’on retrouve dans « les Trois mousquetaires », « Cyrano » ou « Don Quichotte ». Je suis pour une réhabilitation du grand style car il me semble que nous faisons de moins en moins de cas de la langue, de sa technicité et de sa beauté. Et il ne faut pas croire que je dis cela comme s’il s’agissait d’une coquetterie purement esthétique. Je pense que nous perdons et nous nous perdons dans cette manière que notre société a de négliger les mots et l’emphase en général. Il me semble que la langue est un écosystème et au même titre que la forêt amazonienne est en péril, l’écosystème de la langue est en danger. Chaque année des centaines de plantes et d’animaux disparaissent et tout le monde s’accorde à dire que c’est une catastrophe. Il me semble aussi que les mots disparaissent, que l’étendue de notre vocabulaire se restreint et j’ai la conviction que c’est une très mauvaise chose. En perdant des mots, nous perdons une partie de notre capacité à communiquer et lorsqu’on n’arrive plus à communiquer correctement, eh bien on se fout sur la gueule.Dans le roman que j’écris actuellement, sous la plume d’Hakim Bouamar, c’est ce thème que je traite particulièrement.

Peux-tu nous parler de ton œuvre en général ?

Je revendique une « œuvre » désorganisée et disparate. Avec mes deux identités j’ai déjà écrit 13 livres et il n’y a aucune unité globale. Celui qui peut trouver un fil conducteur entre « Chuck Maurice et les zombies » (roman d’heroic fantasy), « Printemps arabe · Automne français » (essai politique) et « Les fabuleuses histoires du caca » (recueil de nouvelles qui célèbre la merde), je lui tire mon chapeau.J’ai dit pas d’unité globale, car j’ai par contre pour certains livres tissé un fil d’Ariane pour les relier entre eux selon une thématique précise que je ne cite pas ici, car je souhaite que cela fasse partie d’une sorte de chemin de lecture à découvrir par le lecteur. C’est une sorte de jeu de piste.

Peux-tu nous présenter ton dernier roman ?

Le dernier livre paru s’intitule « Itinéraire d’un prépuce coupé » de Gérald Connard. Lors de notre discussion préalable tu évoquais chez moi un côté très borderline dans les titres de mes livres et dans ma façon de discuter sur les groupes de lecture. Ce livre est un récit autobiographique qui justement évoque ce côté borderline/kamikaze que j’ai cultivé en grandissant dans une cité le cul vissé entre deux cultures. Ce côté autobiographique n’a pas une portée nombriliste. Cette histoire individuelle est finalement le cheminement classique de nombreux gamins issus de l’immigration qui par le truchement de diverses choses peuvent se retrouver à commettre le pire. Et quand je dis commettre le pire, je fais clairement allusion aux attentats qui touchent la France et dont le point de départ semble être les meurtres de Charlie Hebdo. J’ai voulu simplement apporter un éclairage sur les mécanismes qui pouvaient conduire des personnes à faire des choix déraisonnés. Il n’est évidemment pas question de justifier mais d’apporter de la compréhension, car c’est avec la compréhension des choses qu’on peut travailler au désamorçage de comportements inacceptables. Bref, je voulais par ce témoignage apporter une modeste contribution à un mieux-vivre ensemble en France dans cette période où les liens semblent se distendre terriblement.

Et puis comme Gérald Connard est vraiment un sale type, vous comprendrez aisément qu’il vende ses livres sur Amazon (vous pouvez aussi le contacter en MP).

https://www.amazon.fr/s?k=gerald%20connard…

Et pour ceux que ça intéresse, j’ai également une chaîne Youtube. Je propose des chroniques livresques et traite des thématiques en lien avec les livres

:https://www.youtube.com/channel/UC13fcEJO6_SrT1dq5DohNKg

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